Notre avis et/ou analyse
!! Attention avant lecture !! Qui dit avis dit des risques de spoil.
Benoît
Avis écrit le 12/09/2026
« Ce que nous avons gagné… et ce que nous avons peut-être perdu. »
Extremely Inappropriate! est une petite pépite, un petit bijou comme je les aime. Il est rare que je tombe sur ce genre de drama qui, tel un ovni, vient me bousculer. Drama sociétal sur la société japonaise, poussé volontairement à l'extrême, il représente à sa manière ce que notre société est devenue aujourd'hui. Ce décalage entre 1986 et 2024 est juste... je n'ai pas les mots. Deux époques, deux mondes différents. Société, éducation, famille, travail, relations humaines : à travers un voyage temporel, le drama montre à quel point notre société a évolué en l'espace de quelques décennies. Et pourtant, 1986, c'était presque hier. Cette comédie japonaise est, selon moi, un incontournable du genre.
L'histoire reste simple dans le fond. Un homme se retrouve 38 ans plus tard dans une société dont il ignore tous les codes, tandis qu'une femme venue de 2024 se retrouve 38 ans plus tôt et découvre à son tour une société complètement différente de la sienne. Deux regards, deux époques, deux manières de penser. Chacun va progressivement évoluer, essayer de comprendre le monde dans lequel il se retrouve et remettre en question certaines de ses certitudes. L'histoire est prenante et de nombreux éléments viennent perturber le récit et donner envie d'aller jusqu'au bout. Il y a également plusieurs mystères qui m'ont poussé à continuer la série. Et surtout, c'est une comédie typiquement japonaise, ce que j'apprécie particulièrement lorsqu'elle s'attaque à des sujets sociétaux qui peuvent encore faire débat aujourd'hui.
1986, une époque où l'on fume partout, où le langage est différent, où les comportements sont différents, où la place de la femme n'est pas la même, où la manière de voir le travail, les relations ou encore les rapports humains diffère énormément de celle d'aujourd'hui. Sans oublier notre rapport à la technologie, qui n'a plus rien à voir. Et je pourrais continuer la liste longtemps. Certes, le décalage entre les deux époques est volontairement poussé à l'extrême, mais le fond reste très intéressant. On passe d'une époque où certains comportements aujourd'hui inimaginables étaient considérés comme normaux à une société où l'on cherche davantage à encadrer les paroles et les comportements pour ne pas blesser ou exclure les autres.
En 2024 aussi, tout est poussé à l'extrême dans le drama. On se sent offensé pour un oui ou pour un non, les relations passent énormément par des applications, la pression sociale existe toujours mais sous d'autres formes, et dans le monde du travail, chacun doit faire attention au moindre mot ou comportement afin d'éviter qu'il puisse être interprété comme du harcèlement. Le drama reprend plusieurs problématiques contemporaines, notamment le harcèlement, la conformité, les relations professionnelles ou encore la peur de mal faire, puis pousse le curseur au maximum. Cela reste caricatural, bien sûr, mais je trouve l'ensemble assez représentatif de certaines dérives de notre époque, et pas seulement au Japon. Évidemment, énormément de choses ont évolué dans le bon sens. C'est justement ce qui rend le propos intéressant : aucune des deux époques n'est présentée comme parfaite.
Ce drama m'a aussi fait me poser beaucoup de questions, parfois très simples, sur ma propre manière de vivre au quotidien. L'une des phrases qui m'a le plus marqué pourrait se résumer ainsi : toute ta vie est dans ton téléphone ? Tu le perds, tu n'as plus tes cartes de crédit ? Plus tes photos ? Plus tes contacts ? Une grande partie de ta vie disparaît avec cette petite boîte ? Je sais qu'il faut vivre avec son époque, et je ne suis absolument pas contre la technologie. Mais certaines situations du drama m'ont fait prendre encore davantage conscience de notre dépendance à cet objet.
Je viens d'une génération où l'on pouvait passer son temps libre à lire sous un arbre plutôt qu'à sortir son téléphone toutes les cinq minutes. Une époque où j'apportais mes pellicules chez le photographe pour développer mes précieuses photos, prises en sachant que leur nombre était limité. Chaque photo avait une certaine valeur parce qu'on ne pouvait pas en prendre cinquante pour en garder une seule. Toutes ces choses me sont revenues à l'esprit à la simple évocation de cette question : « Tu as toute ta vie dans ton téléphone ? » Et je me suis dit que, parfois, revenir à des choses plus simples ne ferait peut-être pas de mal.
Le drama aborde aussi, plus légèrement, une autre question : si tu savais qu'il ne te restait que quelques années à vivre, que ferais-tu ? Mais également : si tu connaissais à l'avance ce qui va t'arriver, à quoi bon vivre ? On en revient finalement à quelque chose de très simple : vivre l'instant présent, profiter de ce que l'on a et avancer comme on l'entend.
Concernant la distribution, Kawai Yumi a été une vraie et belle découverte ! Cette actrice est incroyable. Elle a largement mérité sa récompense de meilleure actrice dans un second rôle pour cette interprétation. Je l'ai trouvée extrêmement convaincante. Elle interprète son personnage à la perfection. Criante de vérité, elle donne parfois l'impression d'avoir réellement vécu durant l'ère Shōwa. J'ai clairement envie d'en voir davantage avec elle. Le reste de la distribution est tout aussi excellent, avec notamment Abe Sadao et Naka Riisa, pour ne citer qu'eux.
Au final, il y a du bon et du mauvais dans les deux époques. En 2024, la moindre parole peut parfois se retourner contre vous, même lorsqu'elle part d'une bonne intention. Tout doit être plus lisse, plus encadré, sans un mot de travers. En 1986, à l'inverse, certaines choses aujourd'hui inacceptables étaient considérées comme parfaitement normales : la place accordée aux femmes, certains comportements au travail, les méthodes éducatives ou encore la manière de parler aux autres. Mais cette époque valorisait aussi d'une autre manière l'effort, le contact humain et une certaine spontanéité que nous avons peut-être un peu perdue.
C'est ce que l'on pourrait retenir au premier abord d'Extremely Inappropriate!. Mais le drama va beaucoup plus loin si l'on prend le temps de lire entre les lignes. Il ne dit pas que 1986 était mieux que 2024, ni l'inverse. Il montre surtout ce que nous avons gagné, ce que nous avons perdu et les excès auxquels chaque époque peut conduire. Et c'est précisément ce qui m'a autant plu.