Nagai Kafu, de son vrai nom Nagai Sokichi (永井 壮吉), né le 3 décembre 1879 dans l'arrondissement de Koishikawa, dans la ville de Tokyo, aujourd'hui l'arrondissement de Bunkyo, et décédé le 30 avril 1959, est un écrivain et essayiste japonais.
Issu d'une famille aisée, Nagai Kafu suit très tôt une voie différente de celle que son père imaginait pour lui. Passionné par le théâtre, la littérature, les quartiers populaires et les cultures d'Edo, il se forme aussi à l'étranger, notamment aux États-Unis et en France, avant de devenir l'une des figures importantes de la littérature japonaise moderne.
Son enfance
Sous l'influence de sa mère, qui aimait le théâtre, il est très tôt attiré par le kabuki et la musique traditionnelle japonaise. Il étudie également les lettres chinoises, la peinture et la calligraphie.
C'est en 1894, lorsqu'il tombe malade et interrompt temporairement ses études, qu'il se plonge véritablement dans la littérature, et tout particulièrement dans les romans. Cette période marque un tournant important dans sa vie et contribue à faire de lui l'écrivain qu'il deviendra. Sans cette parenthèse forcée, son parcours aurait sans doute été très différent.
Quatre ans plus tard, après un voyage en famille à Shanghai, il publie son premier récit, généralement considéré comme sa première œuvre conservée.
Ses débuts sous le signe du voyage
À partir de 1898, il publie des essais et des textes d'apprentissage dans des revues. Il se rapproche également du monde littéraire et théâtral, tout en développant progressivement son propre regard sur la société japonaise.
En septembre 1903, à l'âge de 24 ans, suivant la volonté de son père, il part aux États-Unis pour apprendre le commerce. Mais cette vie ne lui convient pas. Grâce aux relations de son père, il réalise ensuite l'un de ses grands souhaits : partir en France, où il séjourne plusieurs mois et se familiarise avec la littérature française contemporaine.
Pendant ses séjours à l'étranger, ses visites aux opéras et aux concerts nourrissent également son imaginaire. Ces expériences marquent son regard sur l'Occident et influenceront plusieurs de ses textes.
Il rentre finalement au Japon en juillet 1908.
Son parcours
C'est à partir de 1908 qu'il devient particulièrement actif. Il publie alors de nombreux récits inspirés par ses séjours à l'étranger, des romans, des nouvelles, des essais, ainsi que des textes marqués par son regard critique sur la société japonaise moderne. Il côtoie également les plus grands écrivains de son époque, comme Mori Ogai ou Natsume Soseki.
En 1910, il devient professeur à l'Université Keio, sur recommandation de Mori Ogai et d'Ueda Bin. Il participe aussi à la fondation de la revue Mita Bungaku, qui jouera un rôle important dans la vie littéraire japonaise de l'époque.
Peu à peu, Kafu se détourne cependant de la carrière universitaire pour se consacrer pleinement à l'écriture. Très attaché à l'ancienne culture d'Edo, il observe avec regret la transformation de Tokyo après la modernisation du Japon. Ses œuvres portent souvent cette tension entre modernité, nostalgie, liberté individuelle et monde des quartiers populaires.
À partir de 1917, il commence également à tenir son journal, Dancho-tei Nichijo, qui deviendra l'un de ses textes les plus importants pour comprendre sa vie, son époque et son regard sur le Japon moderne.
À partir de 1926, vers l'âge de 47 ans, Kafu commence à fréquenter les cafés de Ginza. Son intérêt littéraire se déplace alors des geishas traditionnelles vers les serveuses de café, les femmes des quartiers populaires et les prostituées non officielles. Cette nouvelle inspiration donne naissance à plusieurs œuvres importantes, comme Chronique d'une saison des pluies
(Tsuyu no Atosaki) en 1931 ou Hikage no Hana en 1934.
Durant la guerre, même lorsque la situation s'intensifie et que la publication de nouvelles œuvres devient difficile, Kafu continue d'écrire. En 1945, lors du grand bombardement de Tokyo, sa maison est détruite, mais il parvient à sauver une partie de ses manuscrits.
Après la guerre, il traverse une période instable, marquée par les difficultés matérielles, les logements provisoires et une vie en commun qu'il supporte mal après des années de solitude. Malgré ces tensions, il reprend peu à peu une activité littéraire grâce à la publication de textes écrits pendant la guerre et à la réédition de ses œuvres anciennes. En retrouvant enfin un cadre de vie plus stable, il renoue avec ses promenades, les quartiers populaires et le monde du spectacle.
Sa fin de vie
Dans ses dernières années, Kafu reçoit d'importantes distinctions qui consacrent sa place dans la littérature japonaise moderne. Il devient notamment membre de l'Académie japonaise des arts et reçoit l'Ordre de la Culture. Malgré ces honneurs officiels, il conserve un mode de vie solitaire, fidèle à ses habitudes et à ses promenades dans les quartiers qu'il aime.
Malgré le déclin de son activité créatrice et une santé de plus en plus fragile, il refuse de se faire soigner et continue à vivre à sa manière jusqu'à sa mort, seul chez lui, en 1959 à l'âge de 79 ans. Fidèle jusqu'au bout à son attachement pour les marges et les quartiers populaires, il laisse derrière lui l'image d'un écrivain indépendant, honoré officiellement, mais profondément attaché à une vie libre et solitaire.
Ses romans & nouvelles publiés en France
Plusieurs romans et nouvelles de Nagai Kafu ont été traduits et publiés en France, notamment aux éditions Philippe Picquier, 10/18, P.O.L, Cambourakis, Gallimard, Au Sans Pareil et aux Éditions du Rocher.
Dans sa vie privée
- En 1912, on le marie à Saito Yone, fille d'une famille de commerçants. Mais en 1913, après la mort de son père, il divorce.
- En 1914, il épouse officiellement Yaeji, une geisha de Shinbashi. Mais cette union ne dure qu'un temps. L'année suivante, ils vivent séparés, et il ne se remariera jamais.