Notre avis et/ou analyse
!! Attention avant lecture !! Qui dit avis dit des risques de spoil.
Benoît

Avis écrit le 02/05/2026
« Une malédiction autour du bonheur, de la chance et du désespoir. »
Kishibe Rohan wa Ugokanai Zange-shitsu est un film tiré d'un manga très connu, ce que j'ignorais jusqu'à préparer cette fiche pour le site web. Il prend donc place dans un univers déjà bien installé, avec un drama et un autre film sortis auparavant. Pourtant, ne pas les avoir vus ne m'a nullement empêché d'apprécier ce film et de bien le comprendre, bien au contraire. Il n'y a nul besoin d'avoir vu les précédents pour entrer dans cette histoire. Il y est question d'un sujet aussi simple en apparence que profond : la malédiction et la chance, comme les deux côtés d'une même pièce. Prenant, parfois dérangeant, le film m'a happé, même s'il faut parfois savoir lire entre les lignes et essayer de voir plus loin que les simples mots.
Concernant l'histoire, il est vrai qu'elle met du temps à se mettre en place, mais cela permet de poser les bases, et cela ne fait pas de mal, bien au contraire, surtout pour moi qui ne connaissais rien à cet univers. Passé cela, on entre rapidement dans le vif du sujet : tu n'as pas le droit d'être heureux, tu n'as pas le droit au bonheur. C'est le thème central du film, et cela se joue sous la forme d'une malédiction qui dure depuis 25 ans. Le but de cette malédiction est de faire ressentir au personnage le pire désespoir de sa vie, au moment même où il atteint le plus grand bonheur. Tout tourne autour de cette idée, et le spectateur est donc amené, en même temps que Rohan, à réfléchir sur le sujet et à essayer de comprendre comment empêcher cette malédiction de perdurer. Il faut en saisir tous les rouages. Le sujet est passionnant, mais aussi très complexe. Il faut savoir aller au-delà d'un acteur qui dit son texte. Il faut savoir lire entre les lignes.
C'est un sujet que je trouve difficile : le droit au bonheur. C'est un thème profond, qui peut demander énormément de réflexion et qui peut ne jamais vraiment se terminer. Cela reste une fiction, bien sûr, mais je trouve que le sujet m'a inspiré. J'ai été happé par cette histoire. Ici, le fait d'être chanceux devient une malédiction. Le personnage n'a pas le droit au bonheur. Il doit éviter que quelqu'un soit heureux, et rester constamment sur ses gardes pour qu'aucun bonheur immense ne puisse exister dans sa vie. Mais quel fardeau... Je n'ose même pas l'imaginer. C'est un sujet sombre, et je n'aimerais pas avoir une telle vie. Non pas que je croie forcément en la chance en tant que telle ; je crois surtout au travail qui finit parfois par provoquer la chance. Mais même sans cela, ne pas avoir droit au bonheur... Comme la vie doit être triste et fade. C'est, en quelque sorte, une chance maudite. Il faut donc accepter de vivre malgré le désespoir. Quelle vie... Ce que j'ai aimé, cependant, c'est que le film se termine sur une belle note : aujourd'hui est peut-être le jour le plus heureux. Mais en es-tu sûr ? Cela peut aussi être demain.
Mais ce film est surtout vraiment prenant grâce à sa réalisation et à ses acteurs. Cette visite de Venise a été un réel plaisir. Même si, parfois, cela paraît peu réaliste, avec des rues vidées de leur monde alors que l'on sait Venise très touristique, cela reste anecdotique. Les gros plans, la tension permanente, le jeu des lumières, les silences, les regards et cette manière de laisser planer une menace presque invisible donnent au film une vraie atmosphère. Il y a quelque chose de théâtral, presque irréel, mais cela fonctionne très bien avec l'univers de l'œuvre. La mise en scène prend son temps, installe ses décors, ses visages, ses zones d'ombre, et donne parfois l'impression que Venise elle-même devient un piège. Tout semble beau en surface, mais quelque chose de plus inquiétant se cache toujours derrière.
La distribution est également aux petits oignons. Chaque acteur est excellent dans son rôle respectif. Par moments, leur jeu était même tellement cruel de vérité que j'étais mal à l'aise. Je détournais les yeux de l'écran. Certaines scènes dégagent une gêne très forte, non pas parce qu'elles cherchent forcément à choquer, mais parce qu'elles touchent quelque chose de profondément humain : la peur de perdre ce que l'on a, la peur d'être heureux, la peur que le bonheur attire forcément le malheur. De très belles performances.
Au final, Kishibe Rohan wa Ugokanai Zange-shitsu est une très belle découverte. Je ne connaissais pas cet univers, mais j'ai maintenant envie d'en voir davantage. Certes, ce n'est peut-être pas à mettre entre toutes les mains, ni forcément au goût de tout le monde. Il faut aimer ce type d'univers, mais je suis bon public dès qu'un film propose un sujet qu'il faut creuser, sans rester figé aux simples dialogues. J'aime réfléchir sur des thèmes divers et variés, et ici, le pari est gagné. En même temps que j'ai passé un bon moment, je me suis torturé l'esprit.