Notre avis et/ou analyse
!! Attention avant lecture !! Qui dit avis dit des risques de spoil.
Benoît

Avis écrit le 24/05/2026
« Un amour impardonnable qui détruit tout. »
Hirugao ~Heijitsu Gogo 3-Ji no Koibito Tachi~ est un drama qui parle certes d'adultère, mais il faut savoir lire entre les lignes. Il est aussi question d'amour, de désir, de frustration dans le couple, mais surtout de société japonaise et du schéma familial au Japon. C'est ce mélange qui donne envie d'aller au bout de la série. Si l'on est capable de voir plus loin qu'une simple histoire d'infidélité, alors ce drama devient bien plus intéressant. Porté par une très belle distribution, il a su me captiver et me donner envie de découvrir jusqu'où tout cela allait mener. Et son final, je pense, en surprendra plus d'un.
En le débutant, je m'attendais à un simple drama sur l'adultère, rien de plus. Mais cela va beaucoup plus loin. On suit notamment l'histoire de Sawa et de Rikako. L'une est malheureuse dans son couple, n'aime plus vraiment son mari, mais préfère accepter cette situation par peur de perdre ce qu'elle a déjà. L'autre semble avoir tout pour être heureuse : un mari riche, deux enfants, une belle maison. Mais elle va voir ailleurs et ne s'en cache presque pas, sauf devant son mari. Rikako va alors entraîner Sawa dans ce monde interdit. Elle qui rêvait seulement d'un amour différent, d'un amour vrai, sans jamais oser passer à l'acte, va finir par franchir la ligne.
L'amour rend aveugle, et l'on ne voit plus rien d'autre. Mais Sawa avait aussi besoin de reprendre confiance en elle, de se sentir désirée en tant que femme, de sentir qu'un homme avait réellement envie d'être à ses côtés. Elle désirait cet amour inaccessible. Depuis cette vie insipide, elle veut rompre la routine et vivre quelque chose de nouveau. Sa rencontre avec Rikako va la changer à tout jamais, puis celle avec Kitano Yuichiro va faire vaciller tout ce qu'elle pensait être incapable de faire.
En tant que spectateur, on est dans sa tête, dans ses doutes, dans ses questionnements. On est avec elle. Une fois que tout a commencé, quelle issue reste-t-il ? Un retour en arrière est-il encore possible ? Avec elle, on se pose ces questions et l'on tente d'y répondre. Elle décide de vivre cet amour interdit, pour le meilleur et pour le pire.
On choisit parfois un partenaire pour les finances, pour la famille, pour les apparences, en gros pour des raisons pratiques. Et quand la monotonie s'installe, on a besoin d'excitation, de casser cette routine. On ressent des désirs impurs, immoraux, mais aussi assumés. On ment à sa famille, à ses proches, on blesse ceux que l'on aime, on perd des amis, et l'on peut sombrer dans le malheur, tout cela pour vivre cet interdit.
Interdit qui, parfois, semble presque nécessaire. Dans une routine où plus aucune relation charnelle n'a lieu, où seule une relation platonique subsiste, on se met à rêver d'un amour qui redonne des papillons dans le ventre. Mais c'est quand tout est révélé, quand on a tout perdu, que l'on réalise la peine causée. Et cela fait mal. La souffrance est bien présente. On a fait souffrir ceux qui ont été trompés, tout cela pour vivre cet amour que l'on savait interdit.
Ce drama nous montre toutes les faces : celles qui trompent, ceux qui sont trompés, et toutes les répercussions qui vont avec. Dans cette tension permanente, avec une ambiance assez lourde, le spectateur suit ces histoires qui, peu à peu, deviennent plus complexes qu'elles n'en avaient l'air.
Mais derrière ces histoires d'adultère, il est surtout question du fonctionnement de la société japonaise : la femme à mi-temps ou sans travail, le mari qui travaille, pendant qu'elle s'occupe de la maison et des enfants. La fin du drama le montre bien. Un couple décide de revenir à la normale, comme si rien ne s'était passé, en conservant le schéma classique. Tandis qu'un autre décide de se séparer. Tout n'est alors qu'apparence, image sociale et besoin d'être bien vu. Celle qui décide de changer de vie est mal vue. C'est assez triste dans le fond, mais c'est malheureusement une réalité que le drama met bien en lumière.
Drama très patriarcal, il laisse tout de même entrevoir une lueur d'espoir avec celle qui décide de tout arrêter et de ne plus se mentir à elle-même. Les autres ont préféré suivre ce que la société avait dicté pour eux. Ils ont plié face au poids qu'elle faisait peser sur leurs épaules. Mais j'y ai tout de même vu un message de fin assez positif pour l'une des parties : souhaiter le bonheur de l'autre, quitte à rompre, plutôt que de laisser perdurer un faux amour de façade.
La seule chose qui m'a vraiment choqué dans ce drama, c'est cette question : pourquoi est-ce à ceux qui sont trompés de décider de l'avenir de leur conjoint ? Même si cet amour attriste tout le monde, de quel droit menace-t-on l'autre pour l'empêcher d'aimer la personne dont il ou elle est tombé amoureux ? Certes, c'est un amour interdit. Certes, cela fait souffrir. Mais on divorce, et point final. Ici, on va parfois jusqu'à forcer l'autre à rester, simplement parce que l'on refuse de le laisser partir. J'ai trouvé cela un peu trop abusé et j'ai eu du mal à accepter cette situation, qui m'a semblé assez absurde.
Côté réalisation, le début du drama est assez lourd dans son ambiance, mais c'est justement ce qui fonctionne. On sent très vite que quelque chose pèse sur les personnages. La mise en scène prend son temps, installe les silences, les regards, les hésitations, et laisse monter peu à peu cette tension entre désir, culpabilité et frustration. Ce n'est pas un drama qui cherche à tout rendre spectaculaire. Au contraire, il avance dans une atmosphère presque étouffante, où chaque geste, chaque mensonge et chaque rencontre peuvent faire basculer une vie. Cette lenteur peut parfois peser, mais elle sert bien le sujet.
La distribution est aussi l'un des grands points forts du drama. Ueto Aya incarne très bien cette femme effacée, enfermée dans une vie qui ne lui correspond plus vraiment, mais qui découvre peu à peu un désir qu'elle ne pensait pas assumer. Kichise Michiko, de son côté, apporte une vraie présence à Rikako, plus sûre d'elle, plus provocante, mais pas forcément moins perdue. Quant à Saito Takumi, il apporte à Kitano Yuichiro cette retenue, cette douceur et cette fragilité qui rendent sa relation avec Sawa crédible. Le trio fonctionne très bien, et c'est en grande partie grâce à eux que l'on a envie d'aller au bout.
Au final, Hirugao ~Heijitsu Gogo 3-Ji no Koibito Tachi~ est un drama qui peut déranger, mettre en colère, ou laisser certains spectateurs dans l'incompréhension, surtout avec nos yeux d'Européens. Je ne dis pas que je suis d'accord avec tout, loin de là, mais c'est aussi le reflet d'une société japonaise très attachée aux apparences, au cadre familial et à la sécurité. Tandis que certains décident finalement de revenir à ce qu'ils ont toujours été, et de faire de ces aventures de simples moments de passage, d'autres choisissent de suivre leur cœur et de ne plus se mentir, même si cela fait mal. Un drama qui remue et qui pousse à se poser beaucoup de questions.