Notre avis et/ou analyse
!! Attention avant lecture !! Qui dit avis dit des risques de spoil.
Benoît

Avis écrit le 01/07/2025
« Un film qui retourne le regard du spectateur pour mieux révéler la vérité. »
Kaibutsu, L'Innocence en français, m'a retourné le cerveau. Le réalisateur Kore-eda Hirokazu met en scène un scénario de Sakamoto Yuji construit autour d'une même situation, mais racontée à travers plusieurs regards. C'est réellement la grande force du film : son scénario. Ce n'est pas pour rien qu'il a reçu le Prix du scénario au Festival de Cannes. Porté par un message puissant, ce film m'a beaucoup touché, et je n'ai pas vu le temps passer. Encore une œuvre de Kore-eda qui vient me chercher là où il faut.
Il a fallu environ trois ans pour développer le scénario, et cela se ressent. C'est réellement ce qui rend ce film incontournable selon moi : la puissance de son histoire. Dès le début, j'ai été happé et je voulais savoir où cela allait nous mener. Je me doutais bien que quelque chose clochait, mais je ne savais pas quoi. Le fait de titiller ma curiosité de la sorte m'a donné envie d'aller jusqu'au bout. Une même situation, mais plusieurs regards. On commence par la mère, puis par le professeur, et enfin par l'enfant. On va de surprise en surprise. Le regard que l'on porte sur quelqu'un n'est pas forcément ce que cette personne vit réellement, et vice versa. Plus le film avançait, plus je voulais savoir ce qui s'était réellement passé. Et je n'ai pas été déçu. Le fil scénaristique donne une force incroyable à l'œuvre.
La manière dont le film est développé et tourné rappelle tout le talent de Kore-eda. Les longs plans sans musique, souvent à l'image de son cinéma, laissent le temps de regarder les visages, les silences et les hésitations. Puis, lorsque la musique arrive, elle prend une place importante et colle parfaitement à l'atmosphère du film. Les plans prennent le temps de laisser vivre les personnages, d'observer leurs expressions et de ressentir le poids de chaque scène. Les passages en pleine nature laissent aussi place à une végétation verdoyante, mais parfois capricieuse, à l'image du typhon. Comme les êtres humains, la nature a ses jours de beau temps et ses jours de tempête. Cette réalisation calme, précise et sensible accompagne parfaitement le récit, sans jamais chercher à en faire trop.
Je vais spoiler à partir de ce moment. Au Japon, on sait que le regard du groupe peut avoir une force énorme. On le constate dès le début du film, lorsque l'on suppose que le professeur est allé dans un bar à hôtesses. L'image sociale et les apparences prennent alors une place très importante. La jeunesse est déjà un passage compliqué dans une vie, alors quand le regard des autres s'en mêle, il devient parfois difficile de savoir quoi faire, comment réagir et quelle place prendre. On préfère cacher la vérité derrière les apparences.
Le film montre aussi très bien le pouvoir des mots. Encore plus lorsqu'ils sont adressés à un enfant. Dire à quelqu'un qu'il est malade, alors que ce n'est pas le cas, peut finir par façonner la manière dont il se regarde lui-même. Dans le film, cette idée du « cerveau de cochon » devient quelque chose de terrible, car elle n'est pas seulement une insulte : elle s'infiltre dans l'esprit d'un enfant. Une lutte intérieure prend alors place. Pour la cacher, une autre image de soi se construit, une image qui correspond davantage à ce que les autres veulent voir ou comprendre.
Et quand il est question de sentiments entre deux garçons, ou d'une différence que l'on n'arrive pas encore à nommer, le poids du regard des autres devient encore plus lourd. C'est ce secret que l'on garde pour soi, par peur d'être jugé, alors que cela ne devrait pas être le cas. Cette lutte intérieure, ce droit au bonheur et cette envie d'exister sans avoir à se cacher, Kore-eda les montre avec beaucoup de pudeur. Et malgré la douleur du récit, le film se termine sur une belle lueur d'espoir.
Concernant la distribution, il y a quatre noms à retenir : Ando Sakura, Nagayama Eita, Kurokawa Soya et Hiiragi Hinata. Deux grands noms du cinéma japonais, et deux jeunes acteurs à suivre de près. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu Nagayama Eita à l'écran, et il ne change pas : il est bourré de talent. Quel acteur ! Il incarne son rôle avec une telle force que j'ai été subjugé par son jeu. Ando Sakura est également une grande actrice de sa génération, et elle le démontre une nouvelle fois. Quant aux deux plus jeunes, j'ai hâte de voir ce qu'ils vont faire dans les prochaines années. Une très belle découverte !
Au final, Kaibutsu, L'Innocence en français, est un film incontournable, à voir au moins une fois. J'ai acheté le Blu-ray et je n'en suis pas déçu. Je pense même le revoir quand l'envie m'en prendra. Sa grande force, c'est son scénario, couplé à un message d'une véritable puissance. Le résultat donne un film qui m'a profondément marqué. Porté par une très belle distribution, les 2 h 06 sont passées très rapidement. Avec son final porteur d'espoir, il entre clairement dans mon top 10.