Notre avis et/ou analyse
!! Attention avant lecture !! Qui dit avis dit des risques de spoil.
Benoît
Avis écrit le 22/08/2025
« Un film profondément humain sur le deuil, les non-dits et les liens qui nous unissent. »
Love Life est un film qui peut ne pas plaire à tout le monde. Pour ma part, cela a été un petit coup de cœur. Une histoire rondement menée, qui va de surprise en surprise et pose un regard sur la société japonaise, mais pas seulement. Elle parle également du deuil, pas uniquement celui d'un être cher, mais aussi celui d'une situation, d'une relation ou d'une vie que l'on pensait acquise. Si l'on prend le temps de lire entre les lignes et de regarder en profondeur ce que le réalisateur Fukada Koji cherche à nous transmettre, on a droit à un film magnifique qui a su me toucher.
Quand je dis qu'il vaut parfois mieux éviter de lire les résumés officiels, ici c'est plus qu'important. Certains en dévoilent beaucoup trop et enlèvent une grande partie de ce qui fait la force du film : ses éléments de surprise. Le fait de ne presque rien savoir m'a permis de l'apprécier davantage. On va d'étonnement en étonnement, de surprise en surprise. Sans trop en dévoiler, l'histoire n'est guère joyeuse, mais elle transmet des messages importants et dit aussi quelque chose de la manière dont certains rapports humains fonctionnent au Japon. Chacun possède ses secrets, ses blessures et ses propres actes de trahison. Derrière un événement tragique va alors se succéder toute une série de révélations qui feront ressurgir le passé de chacun. C'est principalement cette partie qui m'a beaucoup plu. Petit à petit, chacun se dévoile et, tel un fruit, perd progressivement sa peau.
Les enseignements autour du deuil sont nombreux : comment fait-on son deuil ? Comment continue-t-on à vivre après ? La perte d'un être, comme celle de quelque chose qui structurait notre vie, peut nous faire perdre tous nos repères. Et cela n'a pas seulement des répercussions sur nous-mêmes, mais aussi sur ceux qui nous entourent. Une scène m'a particulièrement marqué : il n'est plus là, mais son jeu n'a pas bougé. On le laisse exactement comme s'il allait ouvrir la porte dans cinq minutes et reprendre sa partie. Ses affaires sont restées à leur place. Comme si les déplacer revenait à accepter définitivement son absence. On veut garder un contact, même infime, avec celui qui n'est plus là. Il y a aussi le traumatisme, à l'image de Taeko et Jiro qui ne parviennent plus à utiliser leur propre salle de bain et préfèrent aller se laver chez les parents de Jiro.
On peut entendre : « oublie et va de l'avant ». Ou, au contraire : « cette épreuve fait partie de ta vie, ne l'oublie pas ». Chacun y va de son conseil et de sa manière de voir les choses. Mais qui possède la bonne réponse ? Probablement personne. Chacun réagit à sa façon : certains ne touchent plus aux affaires du disparu, d'autres veulent rapidement reconstruire quelque chose, d'autres encore préfèrent prendre soin de ceux qui les entourent avant de penser à eux-mêmes. Derrière un même drame se cachent donc des réactions et des manières de survivre complètement différentes. Et un décès peut aussi, paradoxalement, recréer des liens que l'on pensait disparus, à l'image de Taeko et de son ex-mari. C'est aussi ce que ce film m'a fait comprendre.
Le film porte également un regard intéressant sur la société japonaise et sur les rôles que chacun endosse. Taeko semble parfois se définir à travers ceux qu'on lui attribue : femme, mère, ex-femme. Jiro, de son côté, endosse celui du mari et du père de famille qui doit être présent et prendre soin des siens. Chacun a sa place, mais chacun possède aussi sa propre complexité, ses blessures et sa solitude. Aucun personnage ne peut finalement être réduit au rôle que la société ou la famille lui donne. Tous sont, en partie, le reflet de leur passé. C'est ce qui rend Love Life profondément humain tout en lui permettant de porter un regard intéressant sur la société japonaise.
Côté réalisation, c'est également un petit bijou. J'ai beaucoup aimé le jeu des regards et les distances laissées à l'écran entre les personnages, qui traduisent parfaitement les sentiments et les tensions du moment. Il y a aussi le travail sur les lumières, les couleurs, à l'image de ces ballons, les longs silences et la présence très discrète de la musique, laissant souvent les gestes, les regards et l'action parler d'eux-mêmes. On pourrait penser la mise en scène simpliste, mais il n'en est rien. Chaque détail compte et semble avoir son importance.
Côté distribution, Kimura Fumino est juste... une des plus grandes actrices de sa génération. Elle a su transmettre énormément d'émotions avec sa voix, mais également à travers ses gestes, ses regards et sa manière d'utiliser le langage des signes. Cette femme est incroyable et reste l'une de ces actrices que je prends toujours un grand plaisir à retrouver. Les autres acteurs ne sont pas en reste, mais j'ai clairement eu ma petite préférence dans ce film.
Au final, Love Life est réellement un film captivant et riche en messages. La première chose qui m'a plu, ce sont tous ces rebondissements auxquels je ne m'attendais absolument pas. Bouche grande ouverte, plus d'une fois je me suis dit : « Mais non, ce n'est pas vrai ?! » Pourtant, derrière ces surprises se cache surtout un film beaucoup plus profond qu'il n'y paraît, qui parle du deuil, de la solitude, des non-dits et de la manière dont chacun tente de continuer à vivre après une rupture dans son existence. Avec une réalisation simple et complexe à la fois et un rôle principal incarné à la perfection, Love Life est profondément humain. Un film qui, je le conçois, ne plaira pas à tout le monde. Chez moi, il a fait mouche.